Le gluten serait impliqué dans trois types de pathologies : l’allergie au blé ou au gluten, la maladie cœliaque et l’hypersensibilité. Les avancées de la recherche et de la médecine permettent aujourd’hui de les différencier correctement afin de mieux les diagnostiquer et les prendre en charge. Faisons le point avec Brigitte Jolivet, présidente de l’Afdiag, l’Association Française des Intolérants Au Gluten.

 

 

Allergie

 

L’allergie au blé ou au gluten constitue une allergie alimentaire au même titre que celle à l’arachide, au lait ou aux œufs. Il s’agit d’une réaction anormale des défenses immunitaires suite à l’ingestion d’un aliment reconnu comme un agresseur. La réaction met en jeu des anticorps de type immunoglobulines E (IgE).

Les signes de l’allergie apparaissent entre quelques minutes à 2 heures après l’absorption de l’aliment. D’intensité variable selon les individus, les symptômes peuvent être d’ordre :

  • cutané avec des démangeaisons, des rougeurs, des gonflement
  • respiratoires tels qu’une difficulté à respirer, une sensation d’étouffement, un œdème de Quincke
  • cardiovasculaires comme une pâleur ou un évanouissement
  • digestifs avec des crampes abdominales, des vomissements.

L’allergie au blé ou au gluten apparaît habituellement chez le jeune enfant. Il s’agit d’une maladie grave, potentiellement mortelle (50 à 80 personnes meurent chaque année en France des suites d’une allergie alimentaire). Son seul traitement consiste à l’évitement des aliments qui contiennent la protéine en cause.

 

A l’inverse de l’allergie, la maladie coeliaque est une pathologie produisant une réaction décalée, sans risque mortel immédiat. Toutefois, elle conduit sur le long terme à la destruction de la paroi de l’intestin grêle.

 

 

Maladie coeliaque

 

La maladie cœliaque est une intolérance permanente à une ou plusieurs fractions protéiques du gluten. Dès lors qu’elles passent la barrière intestinale, elles sont considérées par le système immunitaire « comme quelque chose d’agressif par exemple un virus ou un antigène ennemi », précise B. Jolivet. Conséquence : « le système immunitaire fabrique des facteurs d’inflammation qui se retournent contre la paroi intestinale et la détruisent ».

La maladie coeliaque se caractérise donc par la présence dans le sang de IgA anti-transglutaminase et, au niveau de l’intestin grêle, par une atrophie des villosités intestinales (ces deux éléments sont pris en compte lors du dépistage). S’ensuit une malabsorption des nutriments, en particulier du fer, du calcium et de l’acide folique. Des symptômes digestifs ou extradigestifs peuvent être associés avec une grande variabilité selon les individus. Comme le souligne B. Jolivet, « les intolérants au gluten peuvent présenter une importante atrophie villositaire et peu de symptômes ou l’inverse ».

Tout comme le diabète de type 1, la sclérose en plaques ou le lupus, la maladie coeliaque fait partie des maladies auto-immunes, c’est-à-dire des pathologies dirigées contre des constituants du soi. Si les formes systémiques touchent plusieurs organes (exemple, le lupus), d’autres maladies auto-immunes se dirigent vers un organe tel que le pancréas pour le diabète de type 1. « La maladie coeliaque est particulière car c’est un élément extérieur, le gluten, qui agit en tant qu’antigène ennemi », précise la présidente de l’Afdiag. La stimulation inappropriée du système immunitaire produit des lymphocytes T cytotoxiques qui provoquent la destruction des villosités intestinales (réaction auto-immune).

 

La gestion de la maladie coeliaque repose sur une éviction très stricte du gluten. En effet, « chaque écart peut induire une réactivation du système immunitaire donc une inflammation intestinale et la muqueuse met du temps à se régénérer ». Des complications, tel qu’un lymphome, rare mais grave, peuvent dans certains cas survenir. 

 

 

 

La sensibilité non coeliaque au gluten, également nommée hypersensibilité, reste plus mystérieuse. Elle ne sollicite pas le système immunitaire comme la maladie coeliaque ou l’allergie mais déclenche des réactions assez fortes faisant penser au syndrome de l’intestin irritable.

 

Zoom sur le syndrome de l’intestin irritable

Egalement appelé « côlon irritable » ou « colopathie fonctionnelle », le syndrome du côlon irritable (SII) est un trouble fonctionnel de l’intestin. Il perturbe en effet le fonctionnement de ce dernier sans provoquer pour autant de lésions physiques. Les symptômes du SII sont variés mais souvent associés à un inconfort digestif.

 

 

Sensibilité non coeliaque

 

La sensibilité non coeliaque au gluten a été mise en évidence bien plus récemment. « Il n’existe pas encore de tests diagnostiques médicaux fiables » pour déterminer si un patient en est atteint. Elle se définit en quelque sorte après élimination de l’hypothèse d’une maladie coeliaque et d’une allergie au blé ou au gluten. 

 

En effet, malgré l’exclusion de ces pathologies, les personnes hypersensibles au gluten souffrent de symptômes digestifs ou extra digestifs après avoir consommé certaines céréales. B. Jolivet nous indique qu’à l’heure actuelle, « il y a plusieurs pistes de recherche et on ignore si le gluten est réellement en cause. Deux pistes sont aujourd’hui privilégiées : les fructanes du blé ou les inhibiteurs de l’amylase trypsine fabriqués par les plantes pour se protéger. » Beaucoup de questions se posent encore concernant cette pathologie.

 

ZOOM sur les fructanes

Le blé contient des glucides à chaîne courte, peu absorbés et fermentescibles nommés fructanes. Ils appartiennent au groupe des FODMAPs (Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols), glucides pouvant poser des problèmes de digestion à certaines personnes.

 

Si la sensibilité non coeliaque au gluten ne présente « pas de risque mortel ni de dégradation de l’intestin », elle reste néanmoins très inconfortable au quotidien.

Les personnes qui suppriment les céréales à gluten de leur alimentation constatent fréquemment une diminution de leurs symptômes. Ceci sans avoir si la cause exacte de leur hypersensibilité est la protéine gluten, une autre composante des céréales ou bien plusieurs facteurs associés…

 

 

 

Bilan en chiffres

  • 0,2% de la population française serait allergique au blé ou au gluten
  • 1 % serait séropositive pour la maladie cœliaque (présence d’IgA anti-transglutaminase) et aurait donc une intolérance au gluten plus ou moins silencieuse. « Mais seulement 10 à 20% sont diagnostiqués », précise B. Jolivet. Les 80% restants ne sont donc pas traités et ne suivent probablement pas de régime alimentaire particulier malgré l’impact de la maladie sur l’intégrité de leur intestin.
  • 1 à 6% serait touchée par une sensibilité non coeliaque, la prévalence exacte restant toujours inconnue, principalement parce que la plupart des personnes s’auto-diagnostiquent et commencent une diète sans gluten sans le moindre avis médical. 

 

En conclusion, la présidente de l’Afdiag rappelle qu’ « avant de commencer un régime sans gluten, il est important d’écarter la piste de la maladie coeliaque par un test de diagnostic. » Dans le cas contraire, il n’y aura pas de surveillance médicale et, sans doute, un suivi moins strict du régime sans gluten.

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